Planète textile à l'échelle locale?

Dans le cadre de l’événement Vivre à l’échelle locale de vendredi dernier, une vingtaine de personnes environ sont venues discuter avec Aurélie Blanwalhin, Valérie Phaneuf, Aleece Germano et moi-même (Marie-Jacques Rouleau) au sujet de l’épineuse question de l’habillement écologique et solidaire. Ce n’est pas mince affaire pour les consommateurs d’y voir clair dans les dessous et les coulisses de l’industrie du textile.
(Pour des références sur le sujet, voici un document que nous avons distribué à tous lors de l’événement.)

Voici en vrac les questions que les participants nous ont posées, et nos réponses, cliquez sur les liens:

Au sujet des friperies et du recyclage

Au sujet des achats et de leurs prix

Au sujet des matières textiles

Autres sujets

En conclusion


Quelle est la meilleure façon de disposer de mes vieux vêtements?

Surtout, ne les jetez pas à la poubelle! Entre 60% et 80% de nos vêtements ne sont pas biodégradables! Apportez-les plutôt à l’Armée du Salut ou chez Fripe-Prix Renaissance. Ils sauront en disposer, peu importe leur état. Si vous avez de beaux vêtements encore « mettables » qui pourraient se revendre, vous pouvez aussi les offrir à une petite friperie ou un comptoir d’entraide de votre quartier. L’autre option est de participer à un échange de vêtement comme ceux organisés par l’équipe S.W.A.P. Si vos vêtements ne trouvent pas preneurs durant l’échange, l’équipe S.W.A.P. les donnera à Fripe-Prix Renaissance de toute manière.

Il y a aussi des grosses cloches bleues dans certains stationnements de super marchés ou dans les éco centres. Vous pouvez y déposer tous les textiles dont vous ne voulez plus. Même vos vieilles serviettes et linges à vaisselle. Ils seront acheminés aux bons endroits pour être recyclés.


Pourquoi ne pas mettre nos vieux vêtements dans nos bacs à recyclage?

Bonne question! Les centres de tri associés à la collecte de nos bacs verts ne sont pas équipés pour recevoir les matières textiles, et c’est bien dommage. Peut-être qu’un jour ce sera le cas?


Est-ce que nos vêtements sont vraiment tous utilisés quand on les apporte aux friperies?

Comme l’a bien expliqué Aleece, les chaînes comme Fripe-Prix Renaissance assignent les vêtements qu’ils reçoivent à trois types d’utilisation. Le premier tiers, les vêtements qui sont propres et en bon état qui sont susceptibles d’être revendus, sont placés dans leurs boutiques. Le deuxième tiers s’en va à des entreprises comme Certex, qui recyclent les fibres textiles pour les transformer en chiffons par exemple. Ce qui permet d’allonger la vie de ces fibres pour les rendre utiles à d’autres usages. Le dernier tiers va à des entreprises qui utilisent les vieux vêtements pour le rembourrage de meubles. Ce qui veut dire que votre vieux T-shirt pourrait très bien se retrouver dans votre nouveau sofa! Le seul ennui avec ce type de recyclage, c’est qu’il est polluant, car des produits chimiques sont utilisés pour transformer les tissus en fibres de rembourrage.


Quelle est la différence entre Fripe-Prix Renaissance et Village des Valeurs?

Village des Valeurs est une entreprise privée à but lucratif. Leur but est de faire de l’argent avec les dons en vêtements qu’ils reçoivent. Fripe-Prix Renaissance a une mission sociale d’aide à l’insertion au marché du travail pour des personnes vulnérables. Lorsque vous achetez (ou donnez) un vêtement chez eux, vous contribuez à leur mission sociale. Mon point de vue: s’il y a un Village des Valeurs (ou toute autre friperie à but lucratif) près de chez vous, il n’y a pas de mal à y aller. Ces entreprises sont intéressantes dans le fait qu’elles revalorisent des objets usagés et allongent leur durée de vie. C’est toujours plus écologique d’acheter seconde main que neuf, mission sociale ou pas. Par contre, si le fait que vos vêtements profitent à des gens dans le besoin est important pour vous, je vous encourage à lire ce billet de mon ami Sylvain Martel. Ça prête à réflexion… Sachez que l’équipe S.W.A.P. à qui vous pouvez faire des dons s’assure toujours que les vêtements sont acheminés à des gens dans le besoin.


Où puis-je acheter des chaussures écolos?

Pas évident… Il y a la marque La Canadienne qui fabrique plusieurs modèles à Montréal. Ce ne sont pas des produits écolo, mais au moins, c’est fait ici. Les bottes et chaussures « El naturalista » sont une option intéressante côté écolo. Fabriqués en Espagne, ces produits sont vendus chez Tony Pappas. Certaines chaussures de sport sont intéressantes aussi, voir la compagnie Patagonia, vendus chez MEC. Les choix sont assez limités. Si vous avez d’autres idées, envoyez-moi un message, je prévois faire un topo sur cette question bientôt…


Payer 200$ pour une paire de chaussures écolos, je trouve ça cher…

C’est peut-être « cher » à l’achat (quoique 200$, c’est pas si pire?), mais il est bon de se rappeler que les produits de qualité sont moins chers à long terme, car ils s’usent moins vite. Qu’est-ce qui est le plus coûteux? Un achat de 200$ qui dure 5 ans, ou 5 achats de 60$ pour la même période? Sans parler des ressources naturelles utilisées, le temps qu’on perd à magasiner, le CO2 associé aux déplacements, etc. Pensez-y de manière globale, que vous en coûte-t-il (ainsi qu’à la planète) d’acheter des produits cheap?


J’ai acheté des Levis en coton recyclé. Est-ce que je me suis fait « greenwasher » ? Comment je fais pour vérifier?

Beaucoup de compagnies vont recycler leurs coupons pour faire des poches par exemple, ou des doublures, des aspects non visibles des vêtements. Est-ce que Levis a simplement décidé de déclarer ouvertement cette pratique (qu’elle faisait peut-être déjà par ailleurs) pour se rendre plus populaire auprès des consommatrices qui cherchent des produits plus responsables? Difficile de le savoir. J’ai trouvé cet article qui parle de ce modèle, il semblerait que seulement 17% du coton serait recyclé. Pourquoi pas 100%?

La consommatrice pourrait se dire que 17% de coton recyclé, c’est mieux que rien du tout. Certes. Mais qu’en est-il de la valeur éthique du reste de la fabrication du vêtement? Si ce jean a été usé artificiellement au jet de sable dans une usine de misère en Turquie, est-ce que le 17% de coton recyclé pèse assez lourd dans la balance pour que j’en fasse quand même l’achat? Hummm…

(Une des participantes qui a déjà travaillé pour un manufacturier de jeans nous confirme que selon son expérience, son ex employeur ne sais pas ce qui se passe dans les usines outremer de ses fournisseurs… ouch.)

Quelques liens pour mieux choisir ses jeans.

Killerjeans.org
Et un guide intéressant qui date de 2009
La démarche d’une montréalaise qui a cherché des jeans écolo

Des boutiques intéressantes où trouver des jeans en coton bio et équitables:
Rien à cacher
4 Elements

Une nouvelle marque de jeans en coton bio fabriqués à Montréal qui viendra sur le marché bientôt, à surveiller :
Nekolime


Pourquoi je payerais plus cher pour la mode écolo? Je m’en fiche du côté « mode »… Je veux juste m’habiller, simplement.

Bon. Ok.

Si les vêtements écolo vous semblent plus chers, ce n’est pas parce que les designers et les commerçants vous font payer plus pour la marque ou le design. En fait, c’est plutôt le contraire, vous payez plus pour la marque et le design quand vous n’achetez PAS écolo (ou solidaire). Valérie Phaneuf a expliqué ce qui suit :

« Depuis 1995, on assiste à une fusion des détaillants de vêtements, et donc à une diminution du nombre de détaillants. Ces derniers peu nombreux deviennent néanmoins de géantes multinationales ce qui leur permet de s’établir dans la région du monde qui est la plus profitable pour eux pour leur production, et donc à favoriser les ateliers de misères. Ces détaillants géants ont par ailleurs un rapport de force très grand vis-à-vis des petits producteurs. Ces producteurs, malgré toute leur bonne volonté donc, ne peuvent donner des conditions et un salaire adéquats à leurs employés puisqu’ils sont soumis aux conditions des grands détaillants. Par ailleurs, ces conglomérats de multinationales créés fréquemment leur propre marque de vêtements (exemple : Gap) et contribue ainsi à en camoufler la provenance.

Marché dominant (grandes marques) Marché alternatif
Producteur (main d’oeuvre) 3%*
Détaillants 55-75%*

Marge de profit
*Source : Industrie Canada

Que constate-t-on de ces chiffres ? Lorsqu’on achète un vêtement par exemple chez Gap, on finance Gap.

Heureusement, depuis le début des années 2000, on assiste à l’essor d’un marché alternatif : la création de petites boutiques éthiques qui vendent des vêtements fabriqués au Québec ou des vêtements importés équitables et biologiques (pour le coton).

Marché dominant (grandes marques) Marché alternatif
Producteur (main d’oeuvre) 3%* 30-60%**
Détaillants 55-75%* 10-50%**

Marge de profit

*Source : Industrie Canada

**Source : Mon expérience professionnelle (C’est Valérie Phaneuf qui parle…). Les chiffres pour la main-d’œuvre sont ceux des créateurs d’ici (et non des vêtements importés équitables dont la marge de profit est moins élevée)

On constate ici que lorsqu’on achète un vêtement dans le marché alternatif, on finance toute la chaîne, ce qui assure une répartition plus équitable de la richesse.

10%-30% de marge de profit pour les détaillants éthiques, c’est très peu considérant les coûts reliés à l’exploitation d’une boutique. Ce faisant, les barrières à l’entrée pour les boutiques éthiques sont très élevées ;

-Peu ou pas de budget pour la publicité (création du site web et cartes d’affaires par exemple) et donc peu de visibilité
-Difficulté avec sa gestion des stocks. L’entrepreneur ne peut pas avoir un aussi grand choix de produits qu’elle le voudrait et doit limiter ses stocks au minimum. Elle utilise beaucoup la consignation.
-Pas de budget pour un employé à temps plein avant souvent 2 à 3 ans. C’est donc dire que l’entrepreneur est confiné à sa boutique 6 jours par semaine les 2 premières années, en plus de toutes les autres tâches à faire hors boutique. »

Est-ce que ça explique mieux l’impact de vos achats?


J’aimerais quand même des vêtements plus basiques pour moins cher… où trouver ça?

Voici quelques suggestions :
Respecterre
FibrEthik
Meemoza
Blank

D’autres suggestions quelqu’un? Écrivez-moi!


Que doit-on favoriser au niveau des matières?

Les matières naturelles, biodégradables. La laine, la soie, le lin, le chanvre. Le coton aussi, certes, mais biologique! (Et équitable s.v.p.). La culture du coton est responsable de 25% des pesticides utilisés sur la planète. C’est une des cultures les plus polluantes au monde. Aussi, 7 des 10 plus grands producteurs de coton au monde ont recours au travail des enfants, souvent forcé. On parle ici d’esclavage d’enfants. Ouch.

35% de nos vêtements sont faits de coton. Le coton bio compose seulement 0,75% de ces 35%. Encourageons cette industrie minoritaire, mais tout de même en croissance! C’est pour notre bien à tous.

Pour ce qui est des 65% des autres matières, elles sont pour la plupart faites de dérivé du pétrole : l’acrylique, le polyester, le nylon, etc. Ces matières sont non biodégradables, et non recyclables, sauf pour ce qui est du polyester 100%, qui est recyclable. Malheureusement, très peu de détaillants reprennent les vêtements de polar pour les recycler. Il y a Patagonia. MEC semble vouloir mettre quelque chose sur pied, mais ce n’est pas encore disponible.


La Mer d’Aral, c’est vraiment juste à cause du coton qu’elle s’est fait dessécher?

Oui. La culture du coton est responsable de l’utilisation d’énormes quantités d’eau. Lisez l’explicatif ici sur Wikipedia. C’est vraiment troublant.


Est-ce que la culture du coton bio utilise moins d’eau que l’autre?

Oui! Pour pouvoir récolter un kilogramme de fibres de coton conventionnel, on utilise jusqu’à 29.000 litres d’eau pour arroser les champs. Au passage, une grande quantité de pesticides et d’engrais chimiques se déversent dans les fleuves et les nappes phréatiques.

Pour la culture du coton bio, on utilise souvent une méthode innovante: la micro irrigation. Cette solution est appropriée dans le cadre de petites surfaces de cultures artisanales comme c’est souvent le cas pour le coton biologique. L’eau n’est pas déversée en masse sur toute la surface du champ mais est apportée directement – et sans évaporation – à la racine de la plante.


Y a t-il des fibres textiles fabriquées au Québec?

Très peu. La culture du chanvre pour le textile est maintenant légale depuis peu, on devrait voir apparaître de plus en plus de vêtements en chanvre issus de culture locale dans les prochaines années. Sinon, le coton bio est importé et tissé ici par quelques fournisseurs. Plusieurs compagnies font des tissus pour fabriquer des housses de couette, de la literie, des articles de sports comme des tentes pour le camping ou des grosses toiles. Mais il y a un réel manque d’entreprises d’ici qui proposent des tissus pour les vêtements. La grande majorité de ce qu’on porte vient donc d’ailleurs.


Est-ce que le bambou est une fibre écolo?

Le bambou est une matière controversée. La plante est géniale, car elle pousse très vite avec très peu de ressources, et dégage beaucoup d’oxygène. Ça fait d’elle un matériau de choix pour la fabrication de planchers, de meubles ou d’articles de décoration. Malheureusement, sa transformation en fibre textile requiert l’utilisation de nombreux produits chimiques, ce qui en fait un choix moins écolo pour les vêtements.


Je m’intéresse aux options qui permettent de devenir autonome quant à la fabrication des vêtements… (un gars!)

Malheureusement, aucune de nous n’est couturière! On a mis deux adresses dans notre petit pamphlet pour les personnes qui aimeraient s’initier à la couture. D’ailleurs les voici:
La Gaillarde
Nicole Picard

Est-ce qu’un atelier sur la transformation de vieux vêtements en nouveaux serait pertinent pour l’événement « Vivre à l’échelle locale » de l’an prochain?


Y-a-t-il des démonstrations intéressantes de mode écolo durant la semaine de la mode de MTL?

Plusieurs éco designers intéressants ont participé à la dernière édition de la semaine de mode de Montréal: Mariouche, Rachel F, Cokluch, Style & Conscience. Aussi, plusieurs designers québécois qui fabriquent leurs produits localement y figurent aussi. Mais attention, plusieurs designers d’ici font fabriquer leurs créations en Chine ou ailleurs, il faut poser des questions!


Où trouve-t-on un bon résumé de tous les enjeux?

La bible entre toutes : le Guide du vêtement responsable d’Équiterre. À lire absolument.


En conclusion

Nous avons à notre tour questionné les participants pour connaître leurs critères sur l’achat responsable en matière d’habillement. Voici ce que qu’ils nous ont dit:

1) Achat local
2) Un vêtement vraiment utile
3) Seconde main
4) Un vêtement polyvalent
5) De qualité
6) Fibres naturelles
7) Équitable

Je vous invite à aller lire le sympathique billet d’Aurélie sur le blogue de La Gaillarde au sujet de la théorie de l’assiette, inspiré de cet atelier que nous avons animé ensemble.

Merci à Michael Brophy de m’avoir invité à animer cet atelier, et merci à Myriam, Isabelle et toute l’équipe organisatrice de Vivre à l’échelle locale, c’était super sympathique!

Merci à Aurélie, Aleece et Valérie, d’avoir accepté de co-animer avec moi!

Merci aussi à tous ceux et celles qui ont participé à l’atelier, n’hésitez pas à donner de vos nouvelles!

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6 commentaires pour Planète textile à l’échelle locale?

  • Marie-Ève

    Bonjour,
    J’aimerais commander du textile fait à partir chanvre au mètre, pour fabriquer des vêtements. Est-ce possible de s’en procurer, si oui, où puis-je en trouver?

  • [...] un beau résumé de la conférence de vendredi dernier sur l’habillement écologique et solidaire dans le cadre de l’événement Vivre à l’échelle locale. À lire! Planète textile à l’échelle locale? [...]

  • m l'abeille

    Bien sûr Musky! Servez-vous! Une des missions d’Écopicure est de donner des « munitions » aux gens qui ont le désir « d’alimenter » les consciences de leurs proches (ou leur clientèle). Si ce que je publie peut vous être utile, vous m’en voyez réjouie!

  • Merci beaucoup pour ce compte-rendu précis et très instructif. J’aimerai beaucoup en prendre des passage pour concientaliser ma clientèle, soir par facebook, soit par mon site web. Merci de m’en donner la permission.

    Au plaisir de continuer à vous lire, bonne écriture.

  • m l'abeille

    Bonjour Zazalalune!
    Le modal, c’est de la cellulose de bois, plus précisément du hêtre. C’est de plus en plus populaire, car comme vous dites, c’est vraiment confo et ça absorbe mieux l’humidité que le coton. C’est une matière de choix pour la fabrication de sous-vêtements, entre autres. Ce que j’ignore encore au sujet de cette matière, c’est si ça consomme des énergies fossiles lors de sa fabrication, ou si ça implique des procédés chimiques polluant comme c’est le cas pour le bambou… À suivre!

  • Zazalalune

    Qu’en est il de la fibre Modal ? es-ce encore un dérivé du pétrole ? ça serait dommage c’est tellement confo !!

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